No bra : pourquoi de plus en plus de femmes abandonnent le soutien-gorge ?

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Le no bra consiste tout simplement à ne pas porter de soutien-gorge. Pas en tant que rébellion radicale, pas comme une mode passagère, mais comme un choix quotidien assumé. Le mouvement a pris de l’ampleur depuis 2017-2018, accéléré par le confinement de 2020 où des millions de femmes ont redécouvert le confort de vivre sans. Derrière l’apparente futilité du sujet, il y a en réalité plusieurs raisons sérieuses : le confort, la santé, et un rapport au corps qu’on choisit soi-même plutôt qu’on subit.

En bref

  • Définition : ne plus porter de soutien-gorge au quotidien, par choix assumé
  • Origine du mouvement : l’étude du Pr Rouillon (CHU de Besançon, 2013) a remis en cause l’utilité médicale du soutien-gorge
  • Motivations : confort physique, refus de l’inconfort imposé, réappropriation du corps
  • Limite : ce n’est pas une injonction, chacune fait selon ce qui lui convient

D’où vient le mouvement no bra ?

Il n’a pas de date de naissance précise. Le terme circule dans la presse anglo-saxonne dès les années 2010, mais c’est en France qu’il a pris une dimension particulière, notamment grâce à une étude qui a fait beaucoup de bruit.

En avril 2013, le professeur Jean-Denis Rouillon, médecin du sport au CHU de Besançon, présente les résultats préliminaires d’une étude menée sur 15 ans auprès d’environ 320 femmes âgées de 18 à 35 ans. Sa conclusion fait l’effet d’une bombe : « médicalement, physiologiquement, anatomiquement, le soutien-gorge n’apporte aucun bénéfice aux femmes qui n’en ont pas besoin ». Selon ses observations, le mamelon des femmes qui ne portent pas de soutien-gorge remonte en moyenne de 7 millimètres par an par rapport à l’épaule. Sa thèse : porter un soutien-gorge dès l’adolescence affaiblit les tissus de suspension naturels, qui n’ont plus à travailler. Le sein devient « dépendant » de son support artificiel.

L’étude est limitée (échantillon non représentatif, jamais publiée dans une revue avec comité de lecture), et Rouillon lui-même a précisé qu’il ne disait pas aux femmes d’enlever leur soutien-gorge. Mais le débat est lancé.

La vague #MeToo en 2017, puis le confinement du printemps 2020, ont accéléré l’adhésion. Sur les réseaux sociaux, le hashtag #nobra a explosé. Selon les sondages récents, près de 30 % des femmes de moins de 30 ans ne portent plus régulièrement de soutien-gorge.

Les motivations : pourquoi des millions de femmes franchissent le pas

Le confort physique, raison numéro un

C’est la motivation la plus citée, et sans doute la plus simple. Bretelles qui marquent les épaules, armatures qui appuient sur les côtes, agrafes qui frottent dans le dos, élastique qui comprime sous la poitrine : un soutien-gorge mal ajusté (et selon plusieurs études, jusqu’à 70 % des femmes en portent un de la mauvaise taille) peut être franchement inconfortable. Maux de dos, douleurs aux trapèzes, irritations cutanées : les motifs de plainte sont nombreux.

Beaucoup de femmes qui ont arrêté témoignent du même phénomène : la respiration plus libre, la disparition de tensions qu’elles n’avaient pas conscience de subir, et la sensation, en fin de journée, de ne plus se précipiter pour « se libérer » en rentrant chez elles.

Les arguments santé

Au-delà des observations du Pr Rouillon, plusieurs hypothèses sont régulièrement avancées :

  • Une meilleure circulation sanguine et lymphatique : un soutien-gorge serré, surtout avec armatures, peut comprimer les vaisseaux et perturber le drainage lymphatique de la zone mammaire.
  • Moins de douleurs cervicales et dorsales : une étude de l’Université de Portsmouth a montré que des soutiens-gorge mal ajustés contribuent aux douleurs du haut du dos chez de nombreuses femmes.
  • Une meilleure tonicité des tissus suspenseurs : c’est le cœur de la thèse Rouillon. Les ligaments de Cooper, qui suspendent le sein à la cage thoracique, ne travaillent que s’ils sont sollicités.

Attention à ne pas survendre ces bénéfices. Les preuves scientifiques restent fragmentaires, et le Pr Rouillon a toujours nuancé : pour une femme avec une forte poitrine, après 45 ans, après plusieurs grossesses ou avec un fort surpoids, l’arrêt du soutien-gorge n’apportera pas les mêmes effets. La structure de chaque sein est différente.

L’aspect politique et féministe

Le no bra ne se résume pas à une question de confort. Pour beaucoup, c’est aussi une manière de questionner une norme : pourquoi est-ce que la société trouve « indécent » qu’on devine la forme d’un sein à travers un t-shirt ? Pourquoi le tétondevient un scandale alors que celui d’un homme passe inaperçu ?

Ne pas porter de soutien-gorge, c’est aussi refuser une contrainte qui ne pèse que sur un genre. Aucun homme n’a jamais eu besoin de « maintenir » sa poitrine pour être pris au sérieux au travail. La dissymétrie est éclairante.

💡 Le saviez-vous ?

Le soutien-gorge moderne a été breveté en 1889 par Herminie Cadolle, une couturière française. Son objectif initial n’était pas de « soutenir » mais de libérer les femmes du corset, beaucoup plus contraignant. Un siècle plus tard, le mouvement no bra prolonge à sa manière cette logique d’émancipation : un cran de plus vers le confort.

Ce que le no bra n’est pas

Il y a beaucoup de malentendus autour du sujet. Quelques précisions utiles.

Ce n’est pas une obligation

Le mouvement no bra ne dit pas « il faut arrêter le soutien-gorge ». Il dit « vous pouvez arrêter si vous voulez, et c’est sans danger pour la majorité des femmes ». Certaines aiment porter un soutien-gorge pour le maintien, le confort par temps froid, l’esthétique sous certains vêtements ou simplement par habitude. C’est tout aussi valide. Remplacer une norme par son contraire reste une norme.

Ce n’est pas seulement pour les petites poitrines

L’idée reçue veut que le no bra ne convienne qu’aux femmes à petite poitrine. C’est inexact. Des femmes à forte poitrine témoignent aussi du confort d’arrêter, particulièrement chez elles ou dans des contextes où elles n’ont pas besoin d’un maintien renforcé. À l’inverse, certaines femmes à petite poitrine préfèrent porter un soutien-gorge sans armature pour le confort psychologique ou pour la matière contre la peau. Là encore, c’est personnel.

Ce n’est pas un signal sexuel

L’une des résistances au no bra vient de l’interprétation qu’on en fait : ne pas porter de soutien-gorge serait « provocant ». C’est un raccourci qui dit plus de choses sur le regard porté sur les femmes que sur leurs intentions. Un homme torse nu en été ne se voit pas accusé de provoquer qui que ce soit.

Ce que le no bra n'est pas

Comment passer au no bra (si vous voulez essayer)

Pas besoin de tout arrêter du jour au lendemain. La plupart des femmes qui ont franchi le pas l’ont fait progressivement.

  • Commencez chez vous : le soir, le week-end, en télétravail. C’est le moment le plus simple pour s’habituer à la sensation.
  • Privilégiez les vêtements adaptés : tissus épais, motifs, plusieurs couches, hauts à doublure. Ils permettent de se sentir à l’aise sans réfléchir à ce qui se voit ou pas.
  • Optez pour des alternatives douces : brassières en coton, tops avec soutien intégré, vêtements à doublure. Ce sont des options de transition pour celles qui veulent moins de contrainte sans rien.
  • Acceptez la période d’adaptation : les premiers jours, on peut se sentir « exposée ». Cette sensation s’estompe vite, en général en quelques semaines.
  • Renforcez les muscles du haut du corps : selon le Pr Rouillon, ce sont les femmes qui pratiquent une activité physique sollicitant le buste (natation, gymnastique, yoga) qui constatent les meilleurs résultats.

Si vous avez une forte poitrine et que l’absence de maintien provoque des douleurs au dos ou des gênes pendant les mouvements, écoutez votre corps. Le no bra n’est pas un dogme. Une brassière souple ou un soutien-gorge sans armature peut être un bon compromis.

Le no bra, un symbole d’un changement plus large

Au-delà des aspects pratiques, le succès du mouvement révèle une chose : de plus en plus de femmes refusent les contraintes vestimentaires qu’on leur a imposées sans qu’elles aient eu leur mot à dire. Le soutien-gorge en est une parmi d’autres, comme les talons hauts au travail ou le maquillage « obligatoire ».

L’enjeu n’est pas le sous-vêtement en lui-même. L’enjeu, c’est de pouvoir choisir. Porter un soutien-gorge parce qu’on aime ça, parce qu’on en a envie, parce que ça nous va, c’est un choix. Le porter parce qu’on a peur du regard des autres, c’est en subir un. La nuance est petite mais elle change tout.

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À propos de l'auteur

auteur

Clotilde, Infirmière

Infirmière diplômée d’État depuis 12 ans, Clotilde a accompagné des centaines de femmes à différentes étapes de leur vie, des premières règles à la ménopause. C’est sur le terrain, au contact de ses patientes, qu’elle a réalisé combien l’information sur les protections menstruelles restait floue, voire taboue. Celisette est sa façon de combler ce manque : des conseils clairs, fiables et bienveillants, accessibles à toutes.