Le mansplaining, c’est quand un homme explique quelque chose à une femme de manière condescendante, en partant du principe qu’elle ne sait pas – alors qu’elle maîtrise souvent mieux le sujet que lui. Le terme vient de l’anglais man (homme) et explaining (expliquer). Il ne désigne pas tous les hommes qui expliquent des choses. Il cible un comportement précis : celui qui consiste à présumer l’incompétence d’une femme et à s’y substituer sans qu’elle ait rien demandé.
En bref
- Définition – Un homme explique un sujet à une femme sur un ton paternaliste, sans vérifier si elle a besoin d’explications
- Origine – Inspiré par un essai de Rebecca Solnit publié en 2008, le mot a été forgé par des internautes dans la foulée
- Ce que ce n’est pas – Ce n’est pas un homme qui explique quelque chose. C’est un homme qui présume qu’une femme ne sait pas, parce qu’elle est une femme
- Pourquoi c’est un problème – Ça invalide l’expertise des femmes et renforce un déséquilibre de pouvoir dans la parole
D’où vient le mot mansplaining ?
Tout part d’un essai. En 2008, l’essayiste américaine Rebecca Solnit publie Men Explain Things to Me sur le site Guernica Magazine. Elle y raconte une scène devenue célèbre : lors d’une soirée, un homme se met à lui parler d’un livre « très important » sur Eadweard Muybridge. L’amie de Solnit tente de lui dire que c’est elle qui l’a écrit. Il n’entend pas. Il continue à lui expliquer son propre livre, qu’il n’a même pas lu – il en avait juste vu une critique.
L’essai devient viral. Des milliers de femmes y reconnaissent des situations vécues. Quelques mois plus tard, une blogueuse anonyme forge le mot mansplaining pour décrire ce phénomène. Solnit elle-même n’a pas inventé le terme et a exprimé quelques réserves à son sujet, mais elle a reconnu son utilité : avant ce mot, beaucoup de femmes vivaient cette expérience sans avoir de nom pour la décrire.
En 2014, le terme entre dans le dictionnaire Macquarie (Australie). Il figure aujourd’hui dans l’Oxford English Dictionary.
Trois exemples concrets de mansplaining
Le mansplaining ne se limite pas aux dîners mondains. Il se glisse dans des situations quotidiennes, souvent banales en apparence.
Au travail
Une développeuse présente l’architecture technique d’un projet qu’elle a conçu. Un collègue l’interrompt pour lui réexpliquer le fonctionnement d’un outil qu’elle utilise depuis cinq ans. Il ne lui a pas demandé si elle connaissait l’outil. Il a supposé qu’elle ne savait pas. Ce n’est pas une question de pédagogie – c’est une question de postulat de départ.
Chez le médecin
Une femme décrit des symptômes précis à son médecin. Avant même qu’elle ait terminé, il lui explique ce que sont les règles, ou lui dit que c’est « probablement le stress ». Ici le mansplaining croise un autre problème bien documenté : la sous-prise en charge de la douleur féminine dans le milieu médical.
Dans la vie quotidienne
Vous garez votre voiture. Un passant vous explique comment faire un créneau. Vous n’avez rien demandé. Votre manœuvre est impeccable. Le réflexe d’intervenir part d’un présupposé : une femme au volant a forcément besoin d’aide.
💡 Le saviez-vous ?
Le mansplaining n’est pas une question de connaissance. Un homme qui explique un sujet qu’il connaît bien à quelqu’un – homme ou femme – qui lui a posé la question, ce n’est pas du mansplaining. Le critère, c’est le présupposé d’incompétence basé sur le genre : il explique parce qu’elle est une femme, pas parce qu’elle a demandé.
Mansplaining, sexisme ordinaire ou simple maladresse ?
La frontière est parfois floue, et c’est justement ce qui rend le mansplaining difficile à pointer. Certains hommes qui manspliquent n’ont aucune intention hostile. Ils ne se rendent même pas compte qu’ils le font. Ça n’enlève rien au problème.
Le mansplaining s’inscrit dans un schéma plus large de sexisme ordinaire : des comportements qui, pris isolément, semblent anodins, mais qui répétés jour après jour finissent par installer un déséquilibre. Quand la parole d’une femme est systématiquement complétée, corrigée ou reformulée par un homme – même avec bienveillance – le message implicite est que sa parole seule ne suffit pas.
D’autres termes ont émergé dans le sillage du mansplaining pour décrire des comportements voisins :
- Manterrupting – couper la parole à une femme de manière répétée en réunion ou en conversation.
- Bropropriating – reprendre l’idée d’une femme et la présenter comme la sienne.
Ces mots ne sont pas des armes. Ce sont des outils de description. Ils permettent de nommer des situations vécues par beaucoup de femmes et de les rendre visibles.

Comment réagir face au mansplaining ?
Pas de réponse universelle. Ça dépend du contexte, de la relation, de votre énergie du moment. Voici quelques pistes concrètes.
Nommer ce qui se passe
Parfois, un simple « je connais bien le sujet, merci » suffit à recadrer l’échange. Pas besoin d’être agressive. Le fait de signaler calmement que vous n’avez pas besoin d’explication interrompt le pilote automatique de l’autre personne. Beaucoup d’hommes qui manspliquent ne s’en rendent pas compte tant qu’on ne leur fait pas remarquer.
Recentrer la conversation
« C’est justement ce que je disais. » Ou : « Si je peux finir ma phrase… » Ces formulations reprennent le fil sans escalade. Elles fonctionnent particulièrement bien en réunion, quand le manterrupting s’ajoute au mansplaining.
Laisser passer (et c’est aussi valide)
Vous n’êtes pas obligée de corriger chaque situation. Il y a des moments où l’énergie que ça demande ne vaut pas le coup. Choisir ses combats n’est pas de la passivité. Si le mansplaining vient d’un collègue que vous voyez une fois par an, l’ignorer est une option parfaitement raisonnable.
En contexte professionnel : documenter
Si le comportement est récurrent – toujours le même collègue, toujours en réunion, avec un impact sur votre crédibilité – il devient un problème de climat de travail. En parler à votre manager, à un pair de confiance ou aux RH est légitime. Depuis 2019, la loi française renforce les obligations de l’employeur en matière de lutte contre le sexisme au travail (article L1142-2-1 du Code du travail).
Le mansplaining, un frein invisible à la sororité
Ce qui rend le mansplaining si tenace, c’est qu’il est rarement spectaculaire. Il n’y a pas de violence visible, pas de phrase choquante qu’on peut citer. C’est un ton, un réflexe, une posture. Et comme il est difficile à prouver, il est facile à minimiser : « Tu es trop sensible », « Il voulait juste aider ».
C’est précisément ce qui en fait un sujet important. Nommer les mécanismes du sexisme ordinaire, c’est la première étape pour les désamorcer. Rebecca Solnit l’a résumé dans une interview : avant d’avoir un mot pour le décrire, beaucoup de femmes vivaient cette expérience en pensant que le problème venait d’elles.
Le problème ne vient pas d’elles. Il vient d’un rapport à la parole qui reste, dans beaucoup de contextes, profondément déséquilibré.


