Avoir mal en bas du ventre, c’est l’un des motifs de consultation les plus fréquents chez les femmes. La région pelvienne abrite l’utérus, les ovaires, les trompes de Fallope, la vessie, l’intestin et l’appendice. Une douleur dans cette zone peut donc venir de très nombreux endroits. La plupart du temps, c’est bénin (crampes menstruelles, ballonnements, ovulation). Parfois, c’est plus sérieux et nécessite une consultation rapide. Voici comment s’y retrouver.
Selon votre situation
- Douleur en barre, juste avant ou pendant les règles : crampes menstruelles, le plus souvent banales
- Douleur d’un seul côté en milieu de cycle : probablement l’ovulation, sans gravité
- Brûlures + envies fréquentes d’uriner : infection urinaire, à traiter rapidement
- Douleur intense et soudaine, surtout à droite : urgence possible (appendicite, torsion d’ovaire), consultez vite
- Douleur + retard de règles : test de grossesse à faire en priorité
Les douleurs liées au cycle menstruel
C’est la cause la plus fréquente, et aussi la plus facile à identifier puisqu’elle revient à un moment précis du cycle.
Les crampes menstruelles (dysménorrhée)
Elles surviennent juste avant ou pendant les règles. La douleur se concentre dans le bas-ventre, parfois en barre, parfois plus localisée. Elle peut irradier vers le bas du dos ou les cuisses. Le mécanisme : l’utérus se contracte pour évacuer sa muqueuse, sous l’effet de substances appelées prostaglandines. Plus le taux de prostaglandines est élevé, plus les contractions sont intenses.
Pour la plupart des femmes, ces crampes restent gérables avec un antalgique simple (paracétamol) ou un anti-inflammatoire (ibuprofène). Une bouillotte sur le ventre soulage aussi efficacement. Si vos règles sont régulièrement très douloureuses, au point d’arrêter votre activité, ne banalisez pas : il peut s’agir d’une endométriose, qui mérite un diagnostic.
Le syndrome prémenstruel (SPM)
Apparaît dans la semaine qui précède les règles. Tension dans le bas-ventre, ballonnements, parfois douleur diffuse. Il s’accompagne souvent de seins tendus, d’irritabilité ou de fatigue. Hormonal et bénin, il disparaît avec l’arrivée des règles.
La douleur d’ovulation (Mittelschmerz)
En milieu de cycle, environ 14 jours avant les règles suivantes, certaines femmes ressentent une douleur d’un seul côté du bas-ventre. Elle dure de quelques minutes à 48 heures. C’est lié à la libération de l’ovule par l’ovaire et c’est sans danger. Si la douleur d’ovulation devient régulière et intense, parlez-en quand même à votre médecin.
💡 Repère utile
Une douleur cyclique (qui revient toujours au même moment du cycle) est rarement grave. Une douleur nouvelle, intense ou inhabituelle mérite plus d’attention. La règle simple : si la douleur ressemble à ce que vous connaissez, gérez-la comme d’habitude. Si elle est différente ou plus forte que ce que vous avez l’habitude de ressentir, consultez.
Les causes urinaires
La vessie se trouve juste devant l’utérus, dans le bas-ventre. Une infection urinaire est l’une des causes les plus fréquentes de douleur dans cette zone, et l’une des plus faciles à reconnaître.
La cystite
Sensation de pesanteur ou de pression dans le bas-ventre, juste au-dessus du pubis. Elle s’accompagne de signes typiques : envies fréquentes d’uriner, sensation de brûlure pendant la miction, urines parfois troubles ou malodorantes, besoin pressant même quand la vessie est vide. Une légère fièvre est possible mais reste rare.
La cystite se traite avec un antibiotique sur ordonnance (fosfomycine en dose unique, le plus souvent). Un test urinaire à la pharmacie peut confirmer le diagnostic. Sans traitement, l’infection peut remonter vers les reins et provoquer une pyélonéphrite, beaucoup plus grave : forte fièvre, frissons, douleurs lombaires d’un côté. C’est une urgence médicale.
Les causes gynécologiques
Au-delà des règles, plusieurs pathologies gynécologiques peuvent provoquer des douleurs dans le bas-ventre.
Les kystes ovariens
Petites poches remplies de liquide qui se forment sur les ovaires. Très fréquents et le plus souvent bénins, ils peuvent ne donner aucun symptôme. Quand ils provoquent une douleur, elle est typiquement unilatérale (un seul côté), parfois sourde, parfois plus vive. Une échographie pelvienne suffit à les visualiser. La majorité disparaissent spontanément en quelques cycles.
Attention : un kyste qui se rompt ou qui entraîne une torsion de l’ovaire provoque une douleur brutale et intense, souvent accompagnée de nausées. C’est une urgence chirurgicale.
L’endométriose
Maladie où du tissu semblable à la muqueuse utérine se développe en dehors de l’utérus. Les douleurs sont typiquement rythmées par le cycle, avec des règles très douloureuses (au-delà de ce que les antalgiques classiques peuvent soulager), des douleurs pendant les rapports sexuels et parfois lors de la défécation. L’endométriose touche environ 1 femme sur 10 et reste sous-diagnostiquée. Si vos règles vous handicapent au point de manquer école ou travail, parlez-en à un professionnel de santé.
Les fibromes utérins
Tumeurs bénignes qui se développent sur la paroi de l’utérus. Très fréquents chez les femmes en âge de procréer, ils sont souvent silencieux. Quand ils sont gros ou nombreux, ils peuvent provoquer des règles abondantes, une sensation de pesanteur dans le bas-ventre ou des envies fréquentes d’uriner (s’ils appuient sur la vessie).
L’infection génitale haute (salpingite)
Infection des trompes de Fallope, généralement causée par une IST non traitée (chlamydia, gonocoque). Elle se manifeste par des douleurs pelviennes, parfois unilatérales, des pertes inhabituelles, de la fièvre et des saignements en dehors des règles. C’est une urgence médicale : sans traitement, elle peut provoquer une infertilité.
La grossesse extra-utérine
L’œuf s’implante en dehors de l’utérus, le plus souvent dans une trompe. Elle se manifeste par une douleur pelvienne d’un seul côté, parfois associée à de petits saignements et à un retard de règles. C’est une urgence chirurgicale absolue. Toute douleur pelvienne avec retard de règles doit faire envisager cette possibilité, et un test de grossesse est la première chose à faire.

Les causes digestives
L’intestin occupe une grande partie du bas-ventre. Beaucoup de douleurs « pelviennes » sont en réalité d’origine digestive.
La constipation
Cause sous-estimée mais très fréquente. La pression des selles dans le côlon provoque des douleurs en bas-ventre, parfois assez intenses, souvent à gauche (où se trouve le côlon descendant). Elles s’accompagnent de ballonnements et passent en général après un transit normal.
Le syndrome du côlon irritable
Douleurs récurrentes en bas-ventre, alternance constipation/diarrhée, ballonnements, gaz. Ce n’est pas une maladie grave mais ça peut être très inconfortable au quotidien. Le diagnostic se fait par élimination des autres causes.
L’appendicite
L’appendice est un petit organe situé dans la fosse iliaque droite, c’est-à-dire en bas à droite du ventre. Une appendicite se manifeste typiquement par une douleur qui commence autour du nombril puis se localise en bas à droite, en quelques heures. Elle s’accompagne souvent de nausées, vomissements, perte d’appétit et de fièvre modérée. C’est une urgence chirurgicale.
Le diagnostic d’appendicite peut être confondu avec un kyste ovarien, une grossesse extra-utérine ou une salpingite chez la femme. C’est pour ça qu’une douleur intense en bas à droite mérite toujours un avis médical rapide.
Quand consulter en urgence
Certains signaux ne doivent jamais être ignorés. Allez aux urgences ou appelez le 15 si vous présentez l’un de ces symptômes :
- Douleur intense et soudaine, qui apparaît brutalement et ne cède pas
- Douleur accompagnée de nausées, vomissements ou sueurs froides
- Fièvre supérieure à 38,5 °C avec frissons
- Saignements vaginaux abondants ou inhabituels (en dehors des règles)
- Douleur avec retard de règles et test de grossesse positif (suspicion de grossesse extra-utérine)
- Sensation de malaise, vertiges, perte de connaissance
- Impossibilité d’uriner ou sang dans les urines
- Ventre dur, distendu, sensible à la moindre pression
Quand consulter dans la journée ou les jours suivants
Les situations suivantes ne sont pas des urgences vitales mais nécessitent une consultation rapide :
- Douleur qui dure plus de quelques jours sans s’améliorer
- Douleur qui s’aggrave progressivement
- Brûlures urinaires avec ou sans envies fréquentes d’uriner
- Pertes vaginales inhabituelles (couleur, odeur, quantité)
- Douleurs pendant les rapports sexuels
- Règles soudainement plus douloureuses ou plus abondantes que d’habitude
- Toute nouvelle douleur pelvienne qui vous inquiète
Médecin généraliste, gynécologue, sage-femme : tous peuvent évaluer une douleur pelvienne et orienter vers un spécialiste si nécessaire. L’examen clinique et un test de grossesse (chez les femmes en âge de procréer) sont les premières étapes systématiques. Selon les résultats, votre médecin peut demander une échographie pelvienne, une analyse d’urine ou un prélèvement vaginal pour préciser le diagnostic.


